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Il y a Vingt-huit (28) ans, jour pour jour, Dahra-Djoloff a été érigée en Commune. C’était le 8 octobre 1990, date correspondant à la sortie du décret N° 90-1135 qui a fait de l’ancien chef-lieu d’arrondissement une Commune de plein exercice. Nous profitons de cette occasion pour retracer la vie et l’œuvre de celui qui fut le premier Premier Magistrat de Dahra-Djoloff.

Alboury Saleh, alias Aly, est né le 24 mars 1930 à Yang-Yang. Son père s’appelait Mahmoud Saleh, d’origine libanaise ; sa mère, Massouda Dieng, venue de Sogobé, vers le point de confluence entre les départements de Dagana et de Podor, est issue de la tribu maure (métissée de noirs) des Oulad Déyman.Son homonyme s’appelait Alboury Diaw ; c’était un ami de son père, il résidait au village de Mbeuleukhé, non loin de Yang-Yang.

Etant né dans ce pays, Aly Saleh est un Sénégalais bon teint, parce que bénéficiant du jus soli (nationalité par le droit du sol), mais aussi, par l’origine sénégalaise de sa mère, il jouit également du jus sanguini (nationalité par le droit du sang).

La famille paternelle d’Aly Saleh est venue au Sénégal vers les années 1920, durant la période coloniale. Il est important de préciser qu’au Proche-Orient, la France était confrontée à la guerre civile libanaise (1840-1861) entre Chrétiens et Druzes (qui sont des musulmans ismaéliens). Durant le conflit, Paris encouragea l’émigration de réfugiés libano-syriens vers les colonies françaises d’Afrique. Rapidement, les Libanais créent un vaste réseau de commerçants fidèles et dévoués à la France ; des relais utiles entre les Français et les indigènes. Ils commencent à faire fortune grâce au commerce. Ainsi, entre 1892 et 1897, le nombre des Libano-Syriens résidant dans la colonie du Sénégal ne se limitait qu’à une dizaine de personnes. En 1908, on dénombra dans le pays 281 Libano-Syriens sur 646 étrangers.En 1900 déjà, le Sénégal exportait un peu plus de 140 000 tonnes d’arachides et en 1930 plus de 508 000 tonnes. Les paysans furent encouragés à consacrer l’essentiel de leurs activités agricoles à l’arachide. Ce fut aussi à ce moment qu’on enregistra une forte immigration libanaise. Il y avait alors une étroite corrélation entre l’extension de la culture arachidière et l’immigration libano-syrienne au Sénégal. Les maisons de commerce bordelaises et marseillaises florissaient dans le pays et contrôlaient le commerce.

A Yang-Yang, où résidait le Chef Supérieur de la Province du Djoloff, Bouna Alboury Ndiaye (1878-1952), il y avait des maisons comme Dévès et Chaumet ou CFAO, etc.

Cependant, par leur nombre et surtout par leur connaissance du milieu, les Libano-Syriens devinrent, peu à peu, indépendants des négociants français.

De 1923 à 1926, on comptait entre 2 700 et 2800 Libano-syriens au Sénégal. Cela instaura une concurrence inquiétant les commerçants français qui firent pression sur le Conseil Colonial du Sénégal pour la restriction de l’immigration de la colonie libano-syrienne.

Avec le déclin progressif de Yang-Yang, ancienne capitale du Djoloff, la famille Saleh vint s’installer à Dahra, où résidait le Chef de Canton du Pass-Bakhal, Sidy Alboury Ndiaye.

Le jeune Aly fréquenta l’école élémentaire de Dahra 1, nichée à proximité de la gare ferroviaire. Il arrêtera ses études en classe de 4ème Secondaire. Mais, dès cet âge, il s’exprimait très bien en français ; de même qu’en wolof et en pulaar, les deux principales utilisées dans sa région natale.

En allant à l’école, les jeunes élèves passaient à côté d’un arbre appelé « nguiguiss » qui était au milieu d’un dépotoir d’ordures ; un malade mental avait l’habitude de s’asseoir au pied de l’arbre ; et quand le jeune Aly passait, il ne manquait pas de lui offrir du pain ou des gâteaux. Un jour, le fou lui dit : « Aali, fii yaa ko moom ! », « Aly, tu seras le maître de ce lieu ! ». Plus tard, la prophétie du soi-disant fou se réalisera, et le Premier Maire de la Commune de Dahra choisira l’emplacement du « nguiguiss » pour y construire l’hôtel de Ville, en hommage au malade mental.

A dix-huit ans déjà, Aly Saleh, en compagnie de Babacar Mbaye (de Dahra-Mbayènne), fait partie de la jeunesse du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS), parti créé par Léopold Sédar Senghor en 1948. Ensuite, il milita à l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS), dirigé par le même Senghor.

A partir de 1976, l’UPS devient Parti Socialiste (PS). Aly Saleh est donc un des membres fondateurs de ce parti, à côté de ses aînés Boucar Boydo et Magatte Lô, natifs du Djoloff.

De 1962 à 1963, il a été Attaché de Cabinet du Ministre du Travail et de la Fonction publique, en l’occurrence Magatte Lô. Reconduit au Cabinet lorsque ce dernier devint Ministre des Travaux publics, des Transports, de l’Urbanisme, de l’Habitat et des Postes et Télécommunications, de 1963 à 1965, puis Ministre de l’Economie rurale et de l’Agriculture de 1965 à 1968.

Mais, Aly démissionna subitement en 1967 pour migrer vers l’Industrie et les Affaires. C’est ainsi qu’il créa le Centre de décorticage des Arachides à Dahra, puis il dirigea la société STIMEX (Société de Torréfaction et d’Import-Export), qui se spécialise dans le commerce et la transformation de la gomme arabique, ainsi que d’autres produits. Vrai homme d’affaires, Aly créa ensuite la société SOBOCO (Société de Bonneterie et Confection), puis la Société SAF-export, spécialisée dans la fabrication et l’exportation de sirops et de jus à base de fruits locaux.

Bien avant qu’il soit élu Maire de la Ville, Aly Saleh était la seule autorité de la Ville à fournir du carburant au Château d’eau de Dahra pendant des années.

Honnête, courageux et audacieux, il était également très fidèle en amitié. Parmi ses amis, il y avait d’abord le Chef de Canton Sidy Alboury Ndiaye, qu’il respectait et considérait comme un père. Il vénérait beaucoup Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, Khalife général des Tidianes à l’époque. Il avait aussi des relations étroites avec Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma, ainsi que la famille maraboutique des Khadres de Darou-Salam-Ndogonou.

Le cercle d’amis ne s’arrête pas là : Magatte Lô ancien Ministre, Massina Diaw de Mbeuleukhé, Cheikh Sall de Sara-Ndiougary (Dahra), Amadou Mbaye Dioum (Dahra), Mamour Ndiaye (Dahra-Mbayènne),  Bassirou Sidy Ndiaye, Abdou Lahad Ndiaye, Sabakhaw Kâ (Angle-Peul), Daouda Mar de Linguère, Souleymane Kane, dit Yagal de Ndiamboor, Ibra Laobé Ndao de Ngoom, Momar Sourang, Djim Momar Guèye, etc.

Avec la restructuration administrative de 1990, Dahra est érigée en Commune avec le Décret N°90-1135 du 08 Octobre 1990. La bourgade cède le chef-lieu d’arrondissement à Sagatta-Djolof et le chef-lieu de la communauté rurale à Thiamène-Pass.

Elu premier Maire de la Commune de Dahra durant les élections de novembre-décembre 1990, il a prêté sa propre maison à la Municipalité pour permettre à celle-ci de fonctionner dès le mois de janvier de l’année 1991 ; il assumera cette charge jusqu’en 2009, avec trois mandats à la tête d’une Commune qui est considérée comme la Capitale économique du Djoloff et la deuxième plus grande ville de la Région de Louga.

Elu Sénateur et en même temps questeur du Sénat de 1999 à 2001.

A la tête de la Commune de Dahra, il a été témoin d’importantes réalisations, certaines effectuées par la Municipalité et d’autres par l’Etat ou les Partenaires :

– Construction d’un local pour le Foyer des Jeunes de Dahra ;

– Centre de Santé Elisabeth Diouf ;

– Collège d’Enseignement Moyen Dahra 1 (actuel Lycée ex-CEM 1) ;

– Construction d’un bâtiment pour la Municipalité  (Hôtel de Ville) ;

– Poste de Santé Municipal ;

– Modernisation du Marché, par la construction de cantines ;

– Ecole Dahra Municipale ou Dahra 5 ;

– Amélioration de l’éclairage public, avec l’installation de lampadaires, sur la RN3 ;

– Aménagement de trottoirs sur la voie publique, bordée de « niim » ;

– Stade Municipal Bassirou Sidy Ndiaye (mur de clôture, gradins, grilles de protection, etc.) ;

– Construction d’un mur de clôture pour le foirail aux bestiaux ;

– Gare routière El hadji Abdou Wade ;

– Adduction d’eau, bornes fontaines, extension électrique, etc.

Parlant de sa postérité, il a certes laissé des enfants, dont l’aîné se nomme Ousseynou Saleh, mais aussi parmi ses héritiers (spirituels) il y a son neveu, le Cheikh Daouda Fall.

Non seulement ce dernier lui doit presque tout, mais également, Cheikh Daouda était son confident, son messager, son lieutenant, son dépositaire. Il est en quelque sorte « l’aîné » de la famille ; si c’était le neveu qui devait hériter de son oncle maternel, comme il est d’usage chez les Sérères, c’est le Cheikh Daouda Fall qui serait l’héritier présomptif d’Aly Saleh.

S’il faut parler d’autres héritiers spirituels et fidèles serviteurs du vieux, on peut citer entre autres, Mamadou Lamine Gassama, Bocar Ndiaye dit Ousmane, Aliou Diallo dit Aliou Maire, Aliou Bâ (Diababou), son beau-fils Mansour Diop, Ibrahima Guèye, Dahi Kâ, Babacar dit Mbaba Sy, etc.

Le Djoloff en général et la Commune de Dahra en particulier ont perdu un de leurs plus dignes fils. Il s’est éteint le Lundi 17 septembre 2018 à l’Hôpital Principal de Dakar, à l’âge de 88 ans ;  inhumé le lendemain dans son village natal de Yang-Yang.

Que la terre de Yang-Yang lui soit légère et que Dieu l’accueille dans Son Paradis Eternel !

 EL HADJI MALICK DIOP, PROFESSEUR D’HISTOIRE ET DE GEOGRAPHIE.

 

 

 

 

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