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Sur fond de crise avec l’Arabie Saoudite, le Qatar consolide les bonnes relations qui l’unissent au Sénégal depuis le magistère de Léopold Sédar Senghor avec la visite de l’émir Cheikh Ben Hamad Khalifa Al-Thani à Dakar prévue demain. Toutefois, il est nécessaire de s’interroger sur les implications de cette visite relativement à la coopération sénégalo-saoudienne, dès lors que dans cette guerre froide où on compte ses amis en Afrique entre Ryad et Doha, celui qui cherche à plaire aux deux parties est souvent soupçonné de double-jeu.

 

L’émir du Qatar à Dakar : quelles implications sur la coopération sénégalo-saoudienne?

En 2015, le Sénégal avait prévu d’envoyer 2100 soldats au Yémen, en soutien à l’Arabie Saoudite, dans le cadre de l’opération Redonner l’espoir initiée contre les milices houthistes (chiites), bras armés de l’Iran. A l’époque, la donne qatarie ne s’était pas encore invitée dans les relations historiques entre les deux pays.

Le principe : « L’ami de mon ennemi est mon ennemi », étant aussi une loi d’airain en relations internationales, depuis quelque temps, Dakar est obligé de choisir son camp entre le Qatar et l’Arabie Saoudite,  tête de pont  d’une coalition de pays membres du Conseil de coopération du Golf hostiles au Qatar, qui aurait, entre autres chefs d’accusation, commis le « crime de lèse-majesté» de se rapprocher de l’adversaire commun chiite.

Pour mémoire, en juin 2017, au plus fort de la crise entre Doha et Ryad, le Sénégal qui avait, dans un premier temps, pris position pour l’Arabie Saoudite, avait rappelé son ambassadeur au Qatar. Il est intervenu en août 2017 un brusque réchauffement dans les relations entre Doha et Dakar. Cette accalmie, matérialisée par le retour du représentant du Sénégal au Qatar à son poste, n’a pas été du goût de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à Dakar. Celui-ci, en représailles, a accordé un entretien à la SEN TV pour faire des révélations sur ce qui est appelé le « Protocole de Doha », par allusion aux pourparlers secrets auxquels a participé, en première ligne, son rival sunnite, relativement à la libération de Karim Wade.  L’Etat du Sénégal, par la voix de son porte-parole Seydou Guèye, a formellement démenti les allégations du diplomate saoudien.

Comme l’Afrique est un terrain de jeu intéressant, la semaine passée, l’Arabie Saoudite a dégagé la bagatelle faramineuse de 100 millions de dollars pour appuyer la force conjointe anti-terroriste G5 Sahel (dont le Sénégal est absent). Les Emirats arabes unis vont, pour leur part, décaisser 30 millions de dollars.

La Banque islamique de développement (basée à Djeddah) finance beaucoup de projets au Sénégal depuis plusieurs décennies déjà. Alors qu’en 2014, Qatar National Bank, première banque de la région du Golfe, avec un total de bilan de 125 milliards de dollars en 2013, qui ambitionne de devenir le premier groupe bancaire de la zone Afrique et Moyen-Orient d’ici 2017, a  racheté les actions de la société Amcon dans le capital d’Ecobank, qui pourrait devenir le bras financier de l’émirat dans le continent noir.

C’est dire que dans cette diplomatie du chéquier, aucun pétrodollar n’est de trop pour étendre sa sphère d’influence dans une Afrique considérée comme « l’avenir du monde ».

Analysant cette dualité dans l’axe sunnite, François Soudan de Jeune Afrique avait écrit dans une tribune récente intitulée « Qatar-Arabie saoudite : Que vient faire l’Afrique dans cette galère ? » : « L’Arabie Saoudite ayant toujours privilégié l’aide directe aux chefs d’État par rapport à l’aide aux projets de développement ; d’ordre diplomatique – la force de frappe géopolitique du royaume wahhabite est incomparablement supérieure à celle du Qatar – mais aussi d’ordre religieux : le chantage à la distribution des visas pour le pèlerinage à La Mecque, répartis en fonction de quotas unilatéraux, est un moyen de pression devant lequel l’autoproclamé Gardien des Lieux Saints n’a jamais reculé ».

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