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Le débat des chefs de ce jeudi le 13 septembre 2018 à Montréal, n’a pas été convaincant et d’aucuns disent qu’il y a vraiment pas de gagnants. Beaucoup d’électeurs et d’électrices sont encore restés sur leur faim. Certains chefs ont franchi le rubicond en prônant une réduction du nombre d’immigrants entrants de 53 milles à 40 milles. Comme quoi le malheur du Québec (une province du Canada) serait lié au nombre des nouveaux venus.  Depuis un certain temps, l’immigration et l’Islam sont devenus les cibles préférées de politiciens en panne de publicité. Les sujets sur l’immigration qu’on abordait à l’époque avec beaucoup de respect font en ce moment, l’objet de déclarations très maladroites et frustrantes pour les nouveaux venus. La xénophobie et le nationalisme radical blanc seraient-ils en train prospérer au Canada ?

L’immigration une solution au vieillissement de la population du Québec/Canada

La densité de la population du Québec serait de 6 habitants par km² (de nos jours). Ailleurs elle serait 57 pour le Sénégal, 112 pour la France, 338 pour le Japon, 31 pour les Etats-Unis et 3,3 pour le Canada. Ces chiffres datent de 2005 et ne sont qu’à titre indicatif. Cette province canadienne est très faiblement peuplée avec un indice synthétique de fécondité de 1,54 enfant par femme en 2017, alors qu’il était de 1,59 en 2016. Sans surprise, l’augmentation de l’espérance de vie et la faible fécondité qui perdurent depuis 1970 ont transformé le visage du Canada en général. Les naissances ne suffisent pas, en l’absence d’immigration, à renouveler la population selon Laurent Martel directeur de la division de la démographie à Statistique Canada. Cette agence fédérale prévoit qu’un canadien sur 4 sera âgé de de plus de 65 ans dans 15 ans. En cinq ans, les personnes de 65 ans et plus ont dépassé les 14 ans et moins. Le poids démographique des aînés est un signe indéniable du vieillissement de la population canadienne, alors qu’un siècle plus tôt les jeunes étaient les plus nombreux.

Le même phénomène s’observe au Québec, où la population active a connu une diminution au profit des personnes âgées. L’évolution de la population ontarienne (province voisine) est pour sa part demeurée relativement stable, grâce à une immigration soutenue. Par contre, La population d’ici est incapable de se renouveler. Elle a besoin d’un nombre important d’immigrants afin de palier au déficit et combler la pénurie de la main d’œuvre. De plus, la diminution de la proportion de la population du Québec dans le Canada a des effets politique et économique négatifs.  Elle réduirait la représentation de cette province au parlement fédéral et diminuerait ses transferts fédéraux sans compter l’impact sur la langue française qui est la seule langue officielle du Québec.

Néanmoins, une certaine couche de la population reste allergique à l’immigration. Ce phénomène a été amplifié par certains politiciens racistes et xénophobes. Les médias auraient également jeté de l’huile sur le feu en accusant à tort les immigrants de ne pas s’intégrer et de refuser de parler la langue de la majorité qui est le français. D’ailleurs, de plus en plus de mouvements radicaux ont envahi l’espace public depuis un certain temps. Un de ces derniers groupes assure que son combat est de protéger la nation québécoise contre l’invasion de l’Islam.  D’autres semblent cibler carrément les minorités culturelles sans pour autant le dire publiquement.

Représentation des minorités dans les institutions québécoises (suite et fin, voir article précèdent)

À Montréal (métropole québécoise), une personne sur trois est issue des minorités visibles et ethnoculturelles. Pourtant, très peu sont représentées au sein des sociétés paramunicipales et organismes associés. L’administration Plante (du nom de la mairesse actuelle, Valérie Plante), est très critiquée pour la faible représentation des minorités visibles dans ses rangs. Beaucoup de demandes lui ont été adressées afin qu’elle pose des gestes concrets en faveur de la diversité.Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) compte 14,5 % de minorités visibles parmi son effectif policier et administratif. On est encore bien loin des 34 % que compte la population de la ville de Montréal, mais des efforts ont été faits ces dernières années. Par contre le quartier général de la Sûreté du Québec (police de l’état québécois ou police politique) a la peau blanche à 99,5 %. Moins d’une trentaine de minorités visibles y sont employées. Il en faudrait cinq fois plus, mais l’organisation stagne – voire recule – depuis des années dans ce domaine de recrutement.

La police et les minorités.

La police de la ville de Montréal est souvent pointée du doigt dans ses rapports avec les minorités. En mars 2018, elle et 2 de ses agents ont été condamnés par le Tribunal des droits de la personne à payer 12 000 $ de dommages à un homme pour profilage racial, dans une cause portée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Selon les faits rapportés par le jugement, un jeune homme d’origine ghanéenne travaillait comme livreur pour un restaurant et circulait à Montréal Nord vers 4h du matin. Deux policiers ont intercepté son véhicule.  Après quelques vérifications, ils ont constaté des infractions au Code de la sécurité routière. Par la suite, les policiers ont procédé à l’arrestation du plaignant et son véhicule a été remorqué.

L’attentat de la grande mosquée de Québec.

Le  29 janvier 2017, un homme armé, de nationalité canadienne,  avait ouvert le feu sur les fidèles présents au centre islamique de Québec, au Canada, tuant six personnes et faisant huit blessés. L’auteur de la fusillade, Alexandre Bissonnette, un étudiant en sciences politiques de 27 ans, était connu pour son ultranationalisme et sa xénophobie. C’était l’attentat de la grande mosquée de Québec considérée comme une tuerie de masse. Le Centre culturel islamique de Québec avait déjà fait l’objet d’actions islamophobes dans les mois précédents. En juin 2016, une tête de porc est déposée devant cette mosquée en plein ramadan. Quelques semaines plus tard, une lettre islamophobe est distribuée dans son voisinage.

Les révélations du débat des chefs de ce jeudi 13 septembre 2018

Le chef du parti Libéral Mr Couillard a passé son temps à défendre son bilan qui n’était pas très reluisant surtout pour l’intégration des minorités, la santé et autres. Il a prôné une ouverture pour les immigrants mais en réalité il n’avait pas posé de geste concret pour leur intégration durant son mandat. Lui-même médecin et ancien ministre de la santé, il aurait accordé une augmentation de salaire d’un milliard de dollars aux médecins spécialistes. Sa gouvernance était basée sur l’amateurisme et sur le tâtonnement. La population souhaiterait voir un nouveau gouvernement avec de nouvelles idées. Les gens sont las de sa gouvernance et un persistant vent de changement pourrait l’emporter. Mais rien n’est joué encore. Un revirement de la situation peut causer bien des surprises. Il a une solide base électorale (anglophones et minorités) qui est son plus grand atout.

Par contre Mr Lisée du Parti Québécois s’est imposé comme un homme d’état tant dans son comportement que dans ses déclarations. On sentait un discours mesuré, courtois, empathique et prudent. Ses promesses électorales sont réalistes et réalisables. Cet indépendantiste est le gagnant par défaut de ce débat. Mais ses idées de souveraineté font peur aux minorités. Madame Masse est venue faire étalage de généreuses promesses électorales. On se demande d’ailleurs comment elle va les financer. Le score de son parti peut augmenter car ses idées sont séduisantes.

Mr Legault a été présent dans toutes les sauces. C’est un partisan de la réduction du nombre d’immigrants. De plus il va imposer un test de valeurs québécoises aux nouveaux arrivants. Selon lui ceux qui échoueront ces examens seront tout simplement expulsés. L’expulsion n’est même pas du ressort des provinces, mais plutôt une prérogative de l’autorité fédérale. Ce qui veut dire qu’il méconnait les lois de l’immigration de son pays. Les minorités culturelles du Québec et leurs sympathisant pourront lui tourner le dos car il leurs fait peur. Leur nombre loin d’être négligeable tournerait autour de 20% de la population. Par contre, il peut gagner plus sympathisants blancs à l’extérieur de la région de Montréal. Il est fort à parier qu’il va perdre des appuis. Les prochains sondages nous donneront une cartographie claire sur l’impact de ce débat sur l’évolution de l’électorat.

Qui gagnera les élections au Québec.

Il reste encore 2 semaines de campagne et rien n’est encore joué.  Tous les coups légaux sont permis. Il est évident que le prochain premier ministre du Québec sortira parmi les 3 plus grands candidats (Couillard, Legault et Lisée).  On espère que le peuple québécois dira non aux anti-immigrants et rejettera toute forme d’idéologie basée sur la supériorité d’une race. Le verdict des urnes du 1er octobre nous en dira plus. (A suivre après les élections)

Gondiel Ka

Montréal, Canada

Chroniqueur

Expertise Relation Afrique Canada

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